Ma vie intertextuelle.

28082010

L'écriture ou la respirationPlusieurs mois sans écrire ici. Mais j’écris ailleurs. Parce que la multiplicité des lieux définit ma liberté. Parce que je suis toujours en train de réfléchir et qu’entre deux lieux, les mots courent et s’accouplent toujours dans ma tête.

Je ne les quitte jamais. Ou ils ne me quittent pas. Je ne me connais pas de relation plus durable.

Les mots sont mes compagnons de solitude.
Quand j’avais 20 ans, ils m’ont sauvé la vie.

A quarante, ils sont toujours mes gardiens, mes anges gardiens.
J’ai été élevée et bercée par les mots d’écrivains intemporels et universels et dès que j’ai su lire, j’ai trouvé que j’avais enfin peuplé d’alliés le monde glacé et effrayant de mes cauchemars .

A chaque fois que je vais sur une île déserte,j’emmène un livre et j’écris tous les jours. S’il fallait pour cela graver la pierre, je le ferai. Je l’ai déjà fait. Et le livre choisi est  sacré, preuve matérielle de mon appartenance à l’Humanité.

Je n’ai pas envie d’autre forme que celle  de l’écriture morcelée. Je suis moi-même construite de tant de morceaux que mes écrits ne sont que le calque de ces brisures internes.

Il y aura dans mes yeux toujours la larme née du premier instant de souffrance et sur mon visage, les rides, traces de mes sourires quotidiens.

Je ne serai jamais complètement joyeuse et jamais complètement désespérée.
Les mots sont des élastiques qui me donnent de l’élan mais me retiennent également dans ma chute.

Je ne peux m’empêcher de penser au livre de George Semprun : L’écriture ou la vie.

Ce pouvoir de l’écriture a été chanté par de nombreux auteurs.

A tel point que la fiction pour moi n’est autre qu’un rêve  éveillé. L’écriture est ainsi un onirisme qui permet de fossiliser la douleur de vivre et de l’ériger en sanctuaire.

Tout ce qui est écrit reste.

Ecrire la mort pour y survivre.

Alors, au fond de mes poches, rimbaldiennes, dans mes sacs, dans chacune de mes pièces, dans tous mes voyages, sur toutes mes routes, les mots, les phrases, les textes, les livres sont là, même dans mon ordinateur.

Chaque jour je passe le plus clair de mon temps à lire et à écrire.

Les jours de doute, j’ai tenté de réduire la fenêtre de ce monde onirique par peur de perdre le sens du réel.
Parce que j’avais entendu, enfant, qu’il faudrait peut-être que je fasse autre chose, parce que parfois mon corps allongé sur mon lit semblait commencer à fondre et que j’ai traversé toute l’Europe pour aller rejoindre le général Dourakine de la comtesse de Ségur depuis ma chambre.

Je préfère maintenant les textes poétiques, philosophiques ou ceux qui relèvent de genres multiples. Mais ces préférences ne sont qu’un choix relatif car les romans sont des compagnons précieux.

Je n’ai pas réussi à les réduire ni à faire taire les mots dans ma tête.

J’ai appris l’amour dans les romans. Les romans m’ont aussi consolée. Fait rire tant de fois.

Quel bonheur d’avoir choisi cette vie.

Une vie dédiée à l’écriture et à la lecture. Une vie intertextuelle.




D’autrefois à aujourd’hui : correspondances.

8062009

Sweafer1989.

Le temps passe très vite et le temps ne peut pas se comprendre. Toutes les recherches m’insupportent. Je croyais à la vertu des souvenirs mais -à part quelques moments fétiches- ce qui est fini n’est plus et notre mémoire personnelle que vit-elle de si important qu’il faille le sauver ?

Certes, certaines existences contiennent des secrets dont la révélation a son importance mais que contient ma vie qui ne soit commun à tous ?

De nombreuses fois pourtant, la lecture d’un livre m’a guérie. Souvent la réflexion amène la tristesse et je ne me sens même pas capable de crier vers Dieu, tellement peu de gens semblent y croire. Et cette foi si faible entrevue dans autrui éteint la mienne qui n’est qu’une étincelle. Je me mets à chuchoter à l’intérieur de moi et la tristesse grandit. Le livre est alors une parole qui vient rompre ce monologue endeuillé et il offre mille réjouissances.

Faire des chroniques à vingt ans, des petites choses sur le quotidien, me fait sourire. Je n’ai guère de passé pour venir gonfler mes phrases et je me réjouis quand j’arrive à faire d’aujourd’hui une cour des miracles, en lisant ou en écrivant.

J’ai ainsi découvert des spectacles ahurissants. Mon aspiration à la richesse s’est dégonflée comme un soufflet ; mes yeux ont découvert des vitrines sans gloire. Dans ces destins imaginés mais si proches du réel, vouloir sortir du lot, vouloir toujours plus grand et se trouver si petit, si inactif.

Tant d’Hommes restent dans  une petite pièce, gardant leurs ponctuels dîners, la lampée de vin, rouge, répétitive, procurant l’absence; tant d’Hommes meurent porteurs d’un nom qui n’a pas tenté de rejoindre le propre, d’un prénom réduit à un sobriquet, inconnus au monde.

Même l’Homme regardé par d’autres Hommes, le génie, l’inventeur, l’écrivain, celui qui contribue à la Mémoire, reste aussi simple qu’avant pour lui-même : malheureux, malaimé, dubitatif et angoissé et les applaudissements ne sont pas toujours salutaires. IL joue avec l’illusion de la grandeur, de l’éternité, et une petite musique intérieure lui souffle « vanitas vanitatis ».

Derrière la parade de l’Homme illustre, se profile le crâne légendaire de la chute.

D’ailleurs, de nombreux génies habitent l’ombre. Pour éviter du sommet que le gouffre ne leur soit révélé encore plus cruel et coûteux. De nombreux génies habitent l’ombre : ils élisent comme Colysée leur quotidien. Quelques prières peuvent assurer leur croyance au paradis que toute élévation abattrait comme un château de cartes.

2009

vivelt.jpgJ’écris depuis plus de vingt ans et je n’ai réussi que des écrits morcelés, des bribes, des mots chiffonnés. De moi, seuls ces mots savent la douleur intime. Chaque jour, je lutte pour me défaire du poids de l’angoisse, l’angoisse de ceux qui ont toujours un oeil rivé dans la tombe.

Rien d’autre que ces mots ne m’emplit et ne me possède. Je leur suis infiniment reconnaissante de leur présence qui m’identifie.

Quelquefois, je parviens à m’extraire d’eux et à percevoir les vivants qui me sont chers. Les animaux ont ma préférence.

 Notre bijou

Quant aux êtres humains, si je le pouvais, je fuirais fréquemment leur compagnie pendant plusieurs jours.

D’ailleurs, je fausse souvent compagnie à ceux que j’aime.

Il m’est arrivé de le faire définitivement.

Ces désertions lassent ceux qui m’apprécient et je me suis longtemps montrée hautaine en croyant que c’étaient eux qui me fuyaient …

Aujourd’hui, je n’ai que peu de choses qui me retiennent, je suis un être fait d’instantanés, je suis l’ennemie des projets ; la bribe, le morceau, la parcelle sont mes univers favoris.

Avec le recul, je sais que ces morceaux créent mon unité, mon identité ; je serai riche de la juxtaposition de ces riens.

J’écris mais je ne publie pas, je ne range pas, les feuilles s’entassent, de tous les formats, de toutes les couleurs, jetées dans une malle qui me suit depuis vingt ans à travers la France. De temps en temps, j’ai la force d’en exhumer quelques unes pour alimenter ce blog. Cela m’arrange de les jeter ici comme des bouteilles à la mer.

Ce cheminement de mes mots sur la toile me convient.

Elle est, elle aussi, asssemblage de mots égrenés et mes mots sont ainsi lancés dans l’infini sidéral.

Parfois, certains m’écrivent. Je réponds parfois, toujours brièvement, par pudeur il me semble, par peur également. Pourtant, je pense à eux et je décide le plus souvent de leur parler à travers mes textes, c’est à peu près ce que je sais faire de mieux.

Les mots qui envahissent ma tête sont mes sirènes.

Alors, pour finir, un silence :

 

Offert à tous ceux que j’aime, visages que je n’oublie pas et dont je compte les portraits le soir avant de m’endormir.




[Terra Eco] – agenda vert : juin 2009

8062009

[Terra Eco] – L’agenda vert : juin 2009

Un magazine intéressant dont  je vous conseille la lecture !Inscrivez-vous rapidement pour une découverte gratuite. Vous y trouverez des articles liés à l’écologie, au développement durable, bref aux sujets qui permettent de réfléchir sur notre rapport au monde actuellement, à lire pour se faire un avis éclairé et pour diversifier ses sources …

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Prière d’insérer : à toi mon dictionnaire sacré !

17042009

dicoIl m’arrive certains jours de faire une prière lorsque je sens monter en moi les démons de la morosité, que le ciel de mon baldaquin se couvre de nuages pesants- tel  un  couvercle baudelairien- de réciter une prière, dans son plus simple appareil, nue, chapelet de mots irrévérencieux destinés à tancer ce ciel ombrageux qui me plombe si souvent le moral , étant banalement mélancolique de nature.

Ces mots auxquels je me raccroche sont des vrais bouées de sauvetage, plus d’une fois alors que j’allais me laisser glisser au fond de la fange du désespoir, que l’isolement construisait ses remparts autour de mon corps recroquevillé (ces lieux communs sont les dépouilles baroques de ma pudeur qui ne consent pas à dire qu’il m’arrive parfois d’être abattue par un désespoir terrible et sans nom, une saloperie qui vous prend aux tripes en traître, bref ces lieux communs ont le mérite d’aplanir le gouffre et de me donner un sursis heureusement reconductible pour le moment) plus d’une fois, je les ai saisis, sans vergogne, heureuse de les trouver encore là, tous ces mots qui sont vraiement mes camarades, mes amis fidèles.

Mon ami le plus fidèle est le dictionnaire, c’est ma bible , mon livre de grâces, mon univers, il est toujours là.

En ce moment, je cohabite avec un gros Robert des noms communs (que je ne trouve pas du tout communs), à la couverture lie de vin, un gros volume bien solide, bien carré qui me rassure et me répond toujours.

Mais certains mots commencent à lui échapper, alors je vais bientôt quitter ce compagnon pour en choisir un plus jeune, mais l’autre sera toujours là, en souvenir, dieu indétrônable, mon patriarche.

En attendant, il règne encore.

Et je viens de fouiller ses tripes pour créer une prière « d’insérer », une prière destinée à combattre la solitude, une prière destinée à me réchauffer au contact d’autres mots, les vôtres peut-être ?

Si souvent les mots me manquent

Pour décrire l’infinie solitude de l’humain

Que tant de philosophes ont définie

Notre condition étant un je

Duquel aucun jeu ne peut nous exhumer

Si souvent les mots me font défaut,

rappelant la fuite de mes amants,

Si souvent les mots me trahissent,

Lettres volages de mes amours virtuelles,

Pourtant, je connais un mausolée

Où les retrouver tous,

Inanimés, alignés, harnachés d’abréviations et d’exemples,

à ne surtout pas suivre …

Toi, mon dictionnaire,

mon amour,

ma richesse,

Donne-moi encore des synonymes pour

ne pas traiter mes semblables de pauvres cons

Mais plutôt pour les honorer d’injures soutenues

Où les trous du cul sont remplacés par les vacuités de l’arrière-train !

 

 




Veines d’écrivaine

15022009

 

Quand j’étais jeune, je n’osais pas écrire que je voulais devenir écrivaine, je pensais que cela faisait trop vantarde, d’ailleurs, je ne voulais pas le devenir, j’avais l’impression de l’être déjà, peuplant tous mes temps morts (sic) de textes griffonnés sur mes cours ou de lectures, étant le plus souvent dans cet imaginaire qui vous propulse loin, bien trop loin souvent, alors, cette question : que vais-je devenir ? Je m’en foutais et je m’en fous encore.

Officiellement, mes écrits sont restés donc vains, je n’ai rien publié, pas fini grand-chose et pourtant, c’est cela que je suis vraiment au fond de moi : une écrivaine.

 Ici, sur ce blog, je me sens finalement pas si mal que cela, n’étant pas vraiment lue, pas obligée de paraître ni de faire paraître, me sentant libre. Cette liberté d’écrire sans autre forme de pression, je ne la laisserais pour rien au monde.

Que m’importe car pour moi écrire, c’est comme respirer, une question de survie, oui, c’est cela, le fil conducteur de ma vie, je construis seconde après seconde des chapelets de phrases qui me sauvent du néant, je les tisse et m’y accroche, alors peu m’importe  d’être reconnue écrivaine, d’être cela pour les autres, je m’en fous, moi, je suis, dans mes tripes, dans mes boyaux, cette écrivaine et si l’écriture ne fait que cela : me sauver, cela suffira.

Maintenant, enfin, je suis libérée de la pression sociale et familiale.

Je suis professeure dans un collège pour pouvoir me nourrir, payer mon loyer et mes charges, je l’accepte, je me sens honorée du choix que j’ai fait car, mon métier me permet de rester au contact de ces phrases, de ces mots qui ont porté d’autres écrivains, écrivaines ; je suis aussi réchauffé par ces mots et jamais je ne quitterai leur doux manteau qui m’enveloppe. 

Familiale : je me sens assez mûre pour ne plus faire d’autocensure.

Bien sûr, mon métier est modeste mais cette modestie me permet de rester au plus proche des mots, de ne pas les perdre de vue. 

C’est comme si les réformes et les textes de loi n’avaient aucune prise sur moi, je suis ailleurs, dans ce rapport charnel aux mots, dans le tissage qui guide, dans ce fil conducteur dont les sonorités parfois me réveillent alors que je m’endormais, loin d’elles, happée par un quotidien dont les tâches parfois me font perdre de vue cette tapisserie sémantique que j’ai brodée… et lorsque je l’abandonne trop longtemps, changeant mon métier à tisser pour des passe-temps futiles, ces sonorités viennent hurler au plus profond de moi et m’intiment de reprendre ce tissage, d’achever l’oeuvre, du moins de la  reprendre et de ne jamais plus la quitter, temps au combien précieux, oeuvre au combien fragile et pourtant capable de me transporter au-dessus de tous les  découragements, capable de muer le vieillissement en sérénité.

Alors quelquefois, quand je me demande si je ne devrais pas rentrer dans le rang, si je ne devrais pas faire en sorte d’être publiée ou si ma paresse ne cache pas un réel manque de talent, quelquefois lorsque je me fustige, m’accable de reproches pour n’avoir pas fini mes études universitaires, n’être pas devenue une agrégée ou une écrivaine patentée ( pas tentée ?), je sais maintenant faire taire ces voix qui ne sont pas les miennes.

Je sais maintenant que j’ai de la veine. 

Je me fais la promesse de continuer à tisser mon fil et de continuer à l’apprivoiser de diverses manières selon mon humeur : tantôt équilibriste, funambule, tantôt marine aux cordages grossiers, tantôt couturière aux broderies surchargée, tantôt mécanicienne, tantôt chirurgienne au coeur de la chair que mes mots reprisent, je me sens multiple et toutes ces veines sont mes veines d’écrivaine.

 




Dites, Madame, c’est pas Français ça ?!

10112008

Aujourd’hui, leçon de conjugaison avec une classe de sixième et une classe de cinquième.

L’imparfait.

C’est trop facile, dirent-ils.

Mais soudain, des sourcillements :

- Vous riiez ?

- Vous secouiez ? ?

- Vous résolviez ? ?

Et en choeur :

- Dites, Madame, c’est Français, ça ?

- Oui mes enfants, c’est Français !

Des rires :

- J’imagine pas le gadjo dans son quartier dire ça !

- Secouez madame, ok mais secouiez, c’est vraiment gore, et mdam’ : « ce couillon » ça existe ?

-Oui, nous secouions…

Cela m’arrive de plus en plus fréquemment d’entendre des élèves me dire que cela ne se dit pas, de plus en plus d’élèves croyant qu’un mot familier était un mot courant.

Pour eux, rigoler appartient au langage courant, sympa aussi.

Alors, nous nous amusons beaucoup de ce décalage et les élèves imitent ce langage qui n’est plus le leur en se donnant des airs de grands Bourgeois.  Ils se foutent de moi en gros. Me regardent comme une espèce en voie d’extinction.

Ils ne savent pas ce qu’est l’affectivité, ignorent ce que sont l’avarice ou l’hypocrisie.

Je suis souvent obligée de traduire mon cours, même en classe de troisième.

Il y a deux ans, des élèves avaient choisi de m’apprendre un nouveau mot de leur vocabulaire par cours et je leur en apprenais un en échange à mon tour. C’était trop de la balle ! L’un d’entre eux tenait un registre. Ils ont aussi des langages codés qui ressemblent au louchébem. Ils sont finalement très créatifs et ne reculent pas devant devant les néologismes. Une élève un peu trop maquillée s’était ainsi vue surnommée « Psychoplâtre » par ses camarades.

De temps en temps, pour leur montrer que je ne les snobe pas, j’emploie leur langage qui est aussi le mien, dans ma sphère privée ayant des ados à la maison : des mdr, des lols, des darons, des daronnes, du kif , ça le fait , je mitonne un peu, je regarde les payots( déformation de fayots ?) d’un air sévère, je fais des signes complices aux nuls qui adorent me casser et quand la sonnerie retentit, j’efface le tableau sur lequel l’un d’entre eux écrit tous les jours : « I love you ».

Ils n’ont pas confiance dans le vocabulaire de leur prof mais, ils sont  TARPIN sentimentaux !

Je vous propose d’aller surfer sur le site http://www.keskiladi.com/definitions/tarpin pour lire sa définition et d’autres encore et vous aussi vous enrichir au contact de ces nouveaux mots.




Mon corps est une épave

10112008

morgioufilets6.jpg

Mon corps est une épave que je laisse flotter

Bout de bois inanimé rongé par les avaries

Peut-être le retrouveras-tu un jour fracassé

Au milieu des détritus que la mer charrie.

*

J’appelle de mes prières une anse d’accalmie

Un creux, un recoin, un refuge où le nicher

Dégorger le sel de ses plaies sous la pluie

Et laisser l’oubli à ciel ouvert le panser.

*

Noircir la mer intérieure de mes propos

D’un sel amassé au pied de l’arbre des pleurs

Forêt damassé aux surplis éteints par l’eau

Dont les ravinements sur la feuille effleurent.

*

Noircir l’horizon de ces étreintes avortées

Que mon corps fossilisé a cessé d’attendre

Tripes figées par le silence accumulé

Profond, lourd, opaque sans amour à entendre.

*




Marseille

10112008

Un jour, tu vins chez moi ma mère.

 

J’habitais à deux pas de la mer.

fond2.jpg
On entendait les gabians posés sur les toits.

On sentait parfois l’odeur des embruns.

Pas loin de la gare Saint-Charles.

 

Il fallait faire l’ascension des escaliers

Pour arriver dans mon appartement

Quartier populaire de toutes les couleurs.

 

Et là sur la table de la cuisine

Donnant sur un monument aux morts

Tu as peint sur un tesson de brique

Une mouette dont la silhouette

Fut pour moi longtemps un spectre familier

Me rappelant, criarde, ton passage

Si rapide dans mon intimité marine.




Lâcher Prise de Guy Finley ou le paradoxe de la compréhension.

10112008

A toutes celles et tous ceux qui refusent la fatalité du malheur,

Ouvrage de FinleyAu hasard de mes pérégrinations littéraires, j’ai rencontré un petit opuscule intéressant. Je trouve intéressants les livres qui initient un point de vue différent sur notre relation au monde. Voire un point de vue qui pourrait sembler choquant ou simpliste car les choses d’apparence simple sont souvent les plus complexes, je comprends cela.

Or, ces dernières semaines, comme beaucoup d’entre vous, j’ai trouvé à plusieurs reprises que « j’en avais plein le dos » que je retombais sans cesse sur les mêmes difficultés, que j’avais du mal à m’occuper en priorité de mon bien-être au lieu de surveiller jalousement mon territoire contre les agressions extérieures toujours renouvelées et difficiles à contrôler (pour donner des exemples certes triviaux mais bien concrets : mon chiot qui fait pipi sur le carrelage de la cuisine, mes enfants qui abandonnent  leur linge sale un peu partout , mon compagnon qui laisse les lumières allumées 24 h sur 24…), que je me crispais au lieu de me détendre, toujours plongée dans l’appréhension …j’ai aussi beaucoup souffert en voulant aider certains proches en vain, ayant l’impression de m’user.

Lorsque j’ai rencontré l’essai de Finley sur le lâcher prise, je me suis sentie comme une personne à qui l’on indique enfin une porte de sortie après qu’elle ait erré des heures ( non des années !) dans un labyrinthe habité en plus par un monstre tel le Minotaure…

Voilà, enfin, une porte de sortie : Lâcher Prise !

Lâcher prise, c’est une aventure fabuleuse, qui fiche la trouille mais qui commence par la décision d’enfin se faire confiance, d’aller à la rencontre de son Vrai Moi et d’abandonner naturellement le « faux moi ».

Une aventure qui nécessite du temps et du travail ce qui va à l’encontre de l’image peu sérieuse du  « baba cool » qui se laisserait vivre. Ce n’est pas du tout cela.

Ce « faux moi », Finley l’explique très clairement avec de nombreux exemples, « se convainc que souffrir, en ayant l’impression d’être quelqu’un, vaut mieux que de lâcher prise et de secrètement n’être personne. [...] Une fois que vous avez établi le contact avec partie secrète de votre moi, elle se charge du reste. C’est exact. Car c’est uniquement cette partie supérieure du moi qui peut faire en sorte que votre main s’ouvre pour qu’en tombe tout ce qui vous avait jusque- là fait souffrir. «   (Page 33/34 de l’édition Pocket évolution, n° 13620.)

Ce que j’apprécie également, ce sont les pensées qui jalonnent le livre et que nous pouvons relire rapidement, fréquemment, nous approprier. Elles sont regroupées en fonction des étapes à franchir car le livre gradue l’approche du lâcher prise. Je vous les présente en vous en révélant quelques unes à titre d’exemples.

A. 10 pensées intitulées : « ceci n’est pas lâcher prise »

*Lâcher prise ne signifie pas chercher anxieusement une nouvelle solution à un vieux problème .

Commentaire perso :P as facile à admettre car souvent nous cherchons à tout prix une solution sans avoir compris ce qui fait que quelque chose nous pose problème depuis si longtemps…

et une autre pensée qui vient faire taire  la première objection que je me faisais au lâcher prise : « ça va être un beau bazar dans ma vie dans pas longtemps avec ce lâcher prise ! » :

*Lâcher prise ne signifie pas diminuer nos attentes.

Commentaire perso : voilà ce qui a fait que j’ai continué à lire tout le reste du bouquin car je me suis dit qu’une approche qui me permettrait de me soulager sans pour autant disqualifier mes besoins de progrès, sans pour autant me condamner à ne plus rien espérer du futur, je dis OUI.

En fait le Lâcher prise n’est pas une méthode de résignation ou d’abandon dans le sens : je laisse tout tomber et puis voilà, lâcher prise ne signifie nullement défaitisme, manque d’énergie ou de courage, c’est au contraire autoriser la vie à circuler en nous, accepter les changements inhérents à la vie même, c’est enfin se voir en mouvement et non se figer …

B. 20 pensées pour oser lâcher prise…

*Le malheur ne va pas vers nous, il provient de nous.

Cette pensée peut sembler révoltante ou choquante dans plusieurs situations du quotidien. Pourtant, si l’on réfléchit, elle a beaucoup de sens. Je crois personnellement que les deuils sont inhérents à la vie, ne peuvent être évités. Bien sûr, certaines situations (deuils, accidents, maladies) sont révoltantes, inacceptables. Les larmes, les pleurs et les chagrins ne peuvent être évités. Au contraire, ils permettent de laisser cours à nos émotions. Ce qui est en question, c’est notre capacité à clore ce chagrin, à l’embrasser, à lui donner une fin, non pas à l’effacer, le nier. Mais à le comprendre. Le lâcher prise, c’est comprendre, faire le tour, éclairer la situation et enfin pouvoir s’en libérer. C’est contenir et ne plus être contenu ! Cette attitude est complètement paradoxale : il faut laisser notre moi traverser les peurs qu’il rencontre pour qu’il puisse enfin les circonscrire et les apprivoiser. Ne plus bloquer, crisper, rechigner face à l’incompréhensible, l’inadmissible mais se laisser aller et écouter. Ne pas prendre mais comprendre !

Ainsi, le malheur sera le sort de celui qui ne parviendra pas à apprivoiser ses peurs et ses appréhensions, qui revivra infiniment les mêmes tourments car il n’a pas compris ce qui se jouait là, il ne s’est pas trouvé mais perdu, il est englouti. 

Bien sûr, le plus compliqué est là : apprivoiser ses peurs, comprendre ce qui se joue dans une perte, une séparation, un deuil et le livre ne propose pas de recettes miracles mais la possibilité d’apprendre à travailler sur soi pour développer notre vie spirituelle.

Lâcher prise n’est donc pas miraculeux, il s’agit aussi d’accepter de se mettre au travail car les épreuves sont nombreuses sur la voie du lâcher prise. Il s’agit avant tout d’aller vers une vie plus profonde, plus enrichissante et donc… plus calme, moins chaotique et qui pourrait sembler rébarbative…car nous avons l’habitude de ces chaos et le calme nous met quelquefois mal à l’aise ! (avouez !)
C. 10 pensées pour s’orienter en direction du vrai moi.

Le désir compulsif ne peut engendrer le plaisir, car tout ce qu’on se croit obligé de désirer nous rend esclave du désir même. Il n’y a rien d’agréable à se laisser manipuler par la vie.

Cette pensée fait un lien important pour moi avec les livres de Robin Norwood, Ces femmes qui aiment trop(tome 1 et 2) (valables d’ailleurs pour les hommes également) qui abordent le problème des dépendances. D’une manière générale, les dépendances relationnelles, à l’argent, à l’alcool, à la nourriture entrent dans la problématique abordée par le Lâcher Prise : on ne peut pas devenir maître de soi en étant figé sur place par la peur, peur que nous essayons parfois de faire taire en adoptant des conduites répétitives, stériles, douloureuses mais CONNUES… c’est l’inconnu qui terrorise !

D. 10 questions pour s’épanouir 

Au lieu de toujours vous demander pourquoi Untel ou Unetelle agit ainsi… apprenez à dire : « Qu’y a-t-il en moi qui tient à souffrir du comportement des autres ? »

La seule chose que nous pouvons gérer, c’est notre ressenti. Alors si l’attitude d’une personne nous blesse, à plusieurs reprises, n’avons-nous pas l’entière responsabilité de ce que nous ressentons. Par exemple, un collègue de travail me reprend systématiquement sur ce que je dis ou même sur mon apparence en blaguant mais en utilisant des blagues qui ont toutes un rapport avec mes compétences. Dans un premier temps, je me suis sentie mal à l’aise, tentant parfois de me justifier, riant de moi parfois et puis, j’ai trouvé que c’était assez, que ce n’était plus mon problème. Je le laisse dire, je ne continue plus la conversation lorsque je le trouve trop incisif, je ne me sens plus concernée par ses paroles, je ne me remets plus du tout en cause… Je ne lui laisse plus la possibilité de le faire douter de moi ! Et je n’en souffre plus, au contraire. Je ne place plus mes valeurs à l’extérieur de moi, je ne les laisse plus graduer par les autres.  On peut ainsi aussi décider d’en parler ouvertement avec l’autre, de ne plus lui adresser la parole, de répliquer par des blagues encore plus bêtes que les siennes, cela n’a aucune importance, ce qui est important c’est que notre attitude ne souffre plus de l’attitude de l’autre, que l’autre ne soit plus autorisé par notre VRAI MOI à piétiner notre amour propre.

Interrogez-vous donc toujours sur ce que vous ressentez, si vous ressentez de la gêne, de la honte, de la culpabilité… Y a un Problème !

E.10 leçons pour rester maître de soi.

Si vous viviez vraiment comme il se doit vous n’auriez pas besoin qu’on vous le dise.

Cette pensée m’a fait éclater de rire car effectivement, nous l’avons un peu cherché ! Cela me fait penser à une copine qui dit fréquemment qu’elle déteste les psy et la psy, qu’il faut que j’arrête avec « ça », qu’elle ne voit pas à quoi cela pourrait lui servir et qui finalement doit lire deux fois plus de livres de bouquins « psy » que moi ! On est souvent dans un déni très confortable mais vraiment stérile.

F. Brefs énoncés pour mettre fin à l’autoservitude.

La véritable réussite ne se mesure pas à ce que l’on accomplit mais bien à ce que l’on comprend.

Commentaire : Cela ne me sert à rien d’organiser un magnifique repas de famille si je me brouille régulièrement avec mes parents ou mon frère, je comprends qu’il est important pour moi de conserver un lien paisible avec eux, quitte à les voir moins souvent, quitte à abandonner certains projets pour préserver ce lien que je ne me pardonnerais pas d’avoir saboté.

Cela ne me sert à rien de faire des dizaines d’heures supplémentaires tout en croyant améliorer le niveau de vie de ma famille si je comprends que l’essentiel dans ma vie est d’accompagner mes enfants dans leur quotidien, d’être disponible pour eux. Je préfère accepter une vie plus modeste matériellement et me sentir riche de cette relation construite et nourrie quotidiennement.

Cela ne me sert à rien de me disputer avec mon compagnon qui n’a aucun sens de l’ordre et du rangement et dont les errements, le désordre, l’inorganisation m’exaspèrent quand je comprends que c’est ma propre angoisse que je laisse parler, attendant de lui qu’il me rassure alors qu’il n’est pas là pour cela.C’est une découverte : mon compagnon n’a pas à se charger de calmer mes angoisses.  Quand je comprends que c’est en moi que doit se puiser ma solidité et ma sécurité, je ne suis plus angoissé par son désordre. Finalement, il peut continuer à être désordonné et moi à être ordonnée, non ?Ou alors, je cherche à savoir ce que je pourrais faire pour me sentir davantage en sécurité !
Cela permet de remettre en question une grande partie de l’échelle de nos valeurs et d’aller à l’essentiel.
G. Liste des épuisantes revendications auxquelles il convient de renoncer.

être riches, célèbres et éternellement minces.
Je crois que cet exemple vous parlera en tout cas, même si cela ressemble à un cliché, réfléchissez : qu’avez-vous accompli récemment non pas pour vous faire vraiment plaisir, pour être en accord avec vous mais bien par mode, par effet de société, parce qu’il le fallait bien etc ?

H. 10 secrets pour une vie légère.

Rien ne vous empêche de vivre une relation que vous ne comprenez pas, mais ce sera toujours à ses conditions.

Je trouve cette phrase d’une logique implacable, et pourtant ! Combien de fois ne nous heurtons nous  pas à cette incompréhension. Voici un dialogue qui illustre cette phrase.

- Je ne  comprendrai jamais ! Il me dit qu’il a besoin d’air et il me quitte pour une femme qu ‘il épouse six mois après alors que nous, nous  sommes restés ensemble dix ans sans qu’il accepte de m’épouser!

-Oui, mais justement, comme tu ne parviens pas à comprendre ce qui s’est passé, la relation que tu entretiens avec lui n’est pas claire, tu ne la comprends pas non plus et tu souffres beaucoup.

- Que dois-je faire alors ? C’est le père de mes enfants, je suis obligée de lui parler et je ne vais pas me laisser faire tout de même.

-Il te reste deux possibilités : ou tu réfléchis à ce que cette relation t’apporte ou t’apportais et tu te mets à la comprendre, à en voir le fonctionnement et en quoi tu as participé toi aussi à cette construction. Pourquoi par exemple, tu acceptes de communiquer avec lui par textos ou par mails qui sont plein d’attaques et de reproches, et tu n’en souffriras plus ou moins  ;tu pourras continuer à envoyer ces textos mais ils t’amuseront ou alors tu en perdras subitement l’envie, ne trouvant plus d’intérêt à ce jeu ;  ou alors, il t’est impossible de comprendre cette relation, elle est par exemple trop malsaine ou inacceptable, elle te déborde, tu n’arrives plus à avoir du recul  et alors tu cesses de l’alimenter, brusquement, sans te remettre en question, simplement en te disant : ce n’est pas bon pour moi, je n’en veux plus, je ne veux plus me laisser bouffer par cela et tant pis si pour le moment je n’ai pas d’explication à cela.  La relation ne pourra  plus se nourrir de toi, te libérant là aussi de la souffrance…Tu peux aussi t’interroger sur vos rôles respectifs de père et de mère, sur la distinction à faire entre la relation de couple et la relation de parents, sur ce que tu peux accepter, ce que tu peux séparer, sur quoi tu aurais besoin de lâcher prise, sur ce qui est important de conserver, peut-être justement votre relation sera à nouveau constructive car tu en auras refait les fondations, elle sera autre… finalement, tu engloberas tout ce qui se joue là et tu t’ouvriras à des possibles…

-Ce que tu veux dire c’est que je suis responsable de ce que je vis ? Je suis responsable de ce qu’il m’a trompée et de ses reproches perpétuels ? Que j’ai le choix même maintenant ?

-Oui et non.OUI, c’est terrible à entendre mais une relation se construit à deux, je veux dire, avec l’accord des deux. On peut refuser un lien, ne pas l’alimenter et se préserver intérieurement même dans les situations les plus dramatiques en ne se laissant pas définir par la cruauté ou la folie d’un autre par exemple.Donc, oui tu es responsable de ce que tu vis.NON, tu n’es pas responsable de ses choix, tu n’es responsable que des tiens. Tu aurais pu être la femme la plus séduisante, la plus jeune, la plus intelligente, cela n’aurait rien résolu. Il a fait un choix qui ne te concernait pas mais qui le concernait lui. Peut-être n’a-t-il pas fait un vrai choix, mais là, ce n’est pas ton problème. Ta valeur ne dépend pas de son amour mais de toi. Faire le deuil de la relation est nécessaire mais le rendre responsable de ta vie est dangereux et puéril.

- Je crois que je vais t’en vouloir pendant longtemps de m’avoir dit cela !

Et pour conclure, j’ajouterai un deuxième exemple de pensée qui rend la vie légère:

Cessez de vouloir être aimable et osez vous réveiller. Aider une autre personne à démystifier la supercherie du malheur est l’acte le plus généreux que vous puissiez accomplir.

I.Enfin, le livre se termine par une liste de 50 moyens pour développer une vie spirituelle supérieure.

Quelques bijoux :

* Vous pouvez être conscient de votre impuissance sans ressentir d’impuissance;

* Vous découvrirez votre moi secret quand vous saurez que personne ne peut vous venir en aide, même pas vous.

* N’aidez plus jamais qui que ce soit pour qu’il sente qu’il a le droit d’être malheureux.

 

J’attends vos commentaires pour que nous progressions sur ce sujet. Qu’en pensez-vous ? Connaissez-vous d’autres ouvrages sur le même thème ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Eaux de mère

9112008

Si âcre soit votre amertume,

Si acérées soient vos fumantes lames,

Eaux de mère, je ne vous désalerai pas.

*

Je continuerai à boire votre acide écume.

Je continuerai  à m’écorcher sur vos roches.

Je continuerai à rafistoler mes rames.

*

Si glaciale soit votre rive,

Si piquant soit votre air tempétueux,

Eaux de mère,  je ne vous désalerai pas.

*

Je continuerai à affronter vos écueils.

Je continuerai à arpenter vos pontons.

Je continuerai à fixer votre horizon.

*

Si impétueux soient vos reflux,

Si dérangeantes soient vos accalmies,

Sortie de votre flot, j’en garderai le sceau.

*